Florence, en MS/GS

Pourquoi j’en suis venue à vouloir mettre en place une  » autre  » pratique de classe ?

Parce qu’il me semblait que le seul moment de bonheur et de réels apprentissages se passait au moment de l’accueil.

Parce que le moment de regroupement était un enfer pour moi, donc sans doute vécu violemment par les enfants.

Parce que ce moment de regroupement, de rituels et d’entretien, si ancré dans la pratique des classes maternelles, me semblait d’une totale inutilité pour les enfants qui n’étaient absolument pas disponibles, et me demandait une énergie phénoménale pour tenter de capter leur attention.

Parce que je cherchais une pratique qui soit proche de l’esprit Freinet, pédagogie que j’avais appliquée en élémentaire (le désir de l’enfant comme levier pour entrer dans les apprentissages, ce qui rend toute approche plus  » naturelle « …).

Parce que je ne comprenais pas qu’on appelle  » ateliers  » ce qui ne sont en réalité que des activités tournant sur la semaine.

Parce qu’il faut être superwoman pour lancer 3 ou 4 activités en même temps, surtout avec une ATSEM sur la classe uniquement la moitié du temps.

Parce que je suis légèrement  » allergique  » aux groupes de couleur ou autres, qui enferment un peu les enfants ou les empêche de travailler avec qui bon leur semble.

Parce que je cherchais à mêler mes Moyens et mes Grands dans les activités de façon  » naturelle « , encore une fois, sachant que bien souvent un bon Moyen est meilleur dans tel domaine que ne l’est un Grand. Mais pas forcément dans un autre domaine…

Parce que, pour être acteur de ses apprentissages, un enfant doit savoir de quoi il est capable, et pour cela, il est intéressant de le laisser choisir son niveau d’activités. Il est aussi intéressant de lui donner la possibilité d’évoluer en proposant toujours un niveau de difficulté supérieure.

Parce que c’étaient toujours les plus forts et les plus rapides qui allaient jouer après avoir fini leur travail.

Parce que du coup les moins rapides étaient aussi les moins performants, vu qu’ils lorgnaient sur leurs copains qui jouaient.

Parce qu’en pratique  » ordinaire « , je m’ennuyais… Les enfants aussi ? Parce qu’en super-ZEP, on est obligé d’optimiser sa pratique, ne serait-ce que pour sa survie personnelle !

Comment ai-je changé ma pratique ?

En lisant beaucoup de témoignages sur diverses listes de discussion.

En discutant énormément avec les collègues.

En allant visiter une classe maternelle fonctionnant en pédagogie Freinet (beaucoup de choses m’ont plu, mais je n’ai pas été réellement convaincue d’une transposition possible dans ma classe de ZEP…)

En tombant un jour sur un site Internet devant lequel je me suis écriée : bon sang, mais c’est bien
sûr ! C’était maternailes.net.

En en parlant à des collègues enthousiasmés à leur tour, et en décidant d’être trois à se lancer ensemble dans l’aventure.

En passant, il faut bien le dire, un temps considérable à réfléchir, à hésiter, à se persuader qu’une telle révolution vaut la peine.

Au bout du compte, en finissant par avoir  » la foi  » !

En étant un peu bousculée et obligée de mettre tout ça en place très vite à cause d’une inspection imminente.

En demandant de l’aide à Christine, la créatrice du site.

En lisant encore…

Les petits bonheurs :

J’ai été impressionnée par la vitesse avec laquelle les enfants se sont adaptés.

Ils ont très vite compris comment s’inscrire aux ateliers.

Ils apprennent à se connaître en choisissant eux-mêmes leur niveau dans les activités échelonnées.

On arrive aussi à être au plus près de leur
– attention, je vais dire un gros mot – zone proximale de développement. Ils font ce qu’ils arrivent à faire, et tentent ensuite de progresser.

Il est vrai aussi, que c’est assez émouvant de voir un enfant observer ses copains qui sont déjà en atelier, de rester un long moment à analyser leurs gestes, leurs procédures, puis d’entrer à son tour dans l’atelier sans qu’on n’ait rien à lui expliquer !

La matinée se passe enfin sans cri, sans énervement de ma part. Tout semble plus doux, plus naturel, plus convivial.

Je peux très facilement ouvrir un atelier dans la bibliothèque attenant à ma classe, simplement en y posant un arbre.

J’ai retrouvé, au final, un vrai bonheur de classe.

Mes regrets, mes lacunes, mes ajustements :

Je regrette encore bien souvent l’entretien du matin, qui permettait de faire la transition entre la maison et l’école, tout en travaillant le langage. On fait l’entretien plus tard dans la matinée, après la récréation, mais il n’a sans doute pas la même valeur affective pour les enfants.

Il arrive encore que des enfants (toujours les mêmes) ne s’inscrivent pas spontanément à un atelier dans le créneau horaire. Ils pourraient jouer toute la matinée si je les laissais faire. Je suis donc obligée de les appeler, et de les  » arracher  » à leur jeu.

Je me laisse encore souvent dépasser, surtout lorsque je suis seule en classe (je n’ai une ATSEM que la moitié du temps) : il me faut alors trouver deux ateliers autonomes, ce qui est très difficile en début d’année, à moins de les mettre tous à la pâte à modeler…

Il m’arrive aussi parfois d’ouvrir un atelier qui n’a absolument aucun succès : personne ne s’y inscrit et je suis obligée de  » forcer  » certains enfants à y aller…

Ou bien d’autres fois, un atelier demande plus d’explication que la seule observation que ceux qui y sont déjà (l’effet vicariant ne fonctionne sans doute que dans cette fameuse ZPD, mon atelier était donc sans doute mal choisi…). Je fais donc la navette d’un atelier à un autre pour expliciter la consigne.

Instantanés de classe

J’ai encore bien d’autres  » difficultés « , mais je ne les vis plus comme des difficultés, depuis que j’ai lu Bernard Devanne (  » Apprentissage de la langue et conduites culturelles « Bordas Pédagogie ).

Il faut, pour garder le cap de cette façon de faire, une profonde confiance dans les capacités de l’enfant à construire son propre parcours d’apprentissage. C’est vrai que c’est déroutant de voir un enfant délaisser voire bâcler son travail, ou bien ne faire qu’un atelier, et encore en lui rappelant plusieurs fois le contrat pendant le créneau horaire, mais il faut être persuadée que tant pis, il y trouve sans doute son compte, et évoluera par la suite.

En fait, c’est un peu pour ça, que surtout pour mes grandes sections, et comme le dit Devanne, j’ai choisi de bientôt mettre en place des ateliers permanents qui remplaceraient les coins jeux, pour éviter que certains persistent à s’enliser dans le jeu de construction ou la dînette. Des ateliers peinture ou calligraphie, découpage, argile, jeux mathématiques, lecture libre, lire-écrire… m’assureraient que même si un enfant ne s’inscrit pas à mon atelier dirigé, il est quand même en « production », ailleurs. Et cela m’étonnerait qu’un enfant engagé dans son propre projet de peinture le quitte au bout de cinq minutes.

D’autre part c’est vrai qu’avec ce fonctionnement la classe est très « vivante » ! Il faut faire un peu le deuil du « maître tout puissant »qui lui seul décide et donne le travail à faire au moment où lui l’a choisi. C’est rassurant, certes, les enfants sont calmes un temps, certes, mais quel ennui ! Quel échec pour une bonne partie de la classe qui ne sait pas ce qu’on attend d’eux à part rester assis bien sagement ! C’est vrai qu’une classe vivante, c’est plus fatiguant pour la maîtresse, surtout en ZEP. Mais personnellement, c’en est arrivé à une « vie » très positive et sereine. Ça bouge, ça se déplace sans cesse, mais ça ne crie pas, ça ne se bouscule pas, ça ne se bagarre pas, ça ne s’impatiente pas, et surtout la maîtresse n’a pas à dire sans cesse « tais-toi », « ne gigote pas », « fais ton travail ». Moi, c’est ça qui me fatiguait le plus !

Florence Hinckel

MS/GS à Marseille
Janvier 2006
Le site de florence

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