1.1
ccueillir et Socialiser chaque enfant
1.1.1 Bonjour(s)
1.1.2 Cadrer les modes de communication de l'enfant
1.1.3 L'enfant violent et l'école
1.1.4 Impact de l'organisation de classe
1.1.5 Liens

1.1.1 Bonjour(s)

Chacun arrive avec ses mots à dire, à toucher, à partager du regard, ou à garder précieusement pour le copain. A nous de nous adapter : échanges doux-drôles pour les uns, câlins fort du matin pour d'autres, ou petit bonjour de loin...

Des attentions simples accompagnent ce moment : se mettre à la hauteur des enfants, les laisser se raconter ou se taire, commenter la nouvelle tenue, appeler chacun par son prénom...

Certains adultes utilisent le même nom générique pour tous :
" Bonjour loulou "
, avec parfois une variante " Bonjour louloute " !
Ils accompagnent tendrement ces mots boites d'une caresse dans les cheveux, et d'une bise rituelle.
Si certains petits peuvent être rassurés par cette définition forte et extérieure de leur être (" Je suis le loulou de la maîtresse ! "), ils n'y trouvent bien sur aucun épanouissement.

De plus, ils apprennent implicitement à travers une caresse imposée par l'adulte qu'un autre peut être maître de leur corps.

1.1.2 Cadrer les modes de communication de l'enfant

Accueillir la parole de chacun ne signifie pas accepter tous les modes d’expression.
Quand un enfant "parle" avec ses poings, ses dents... je lui rappelle la loi, sans colère ( il est là pour apprendre...) : " Est-ce qu'on a le droit de taper dans la classe ? Est-ce que tu as tapé ? Tu ne peux pas rester avec nous ... " Et l'enfant est assis seul, à l'écart, mais toujours à portée de vue . Il ne peut revenir dans notre collectivité que lorsqu'il se sent prêt à en respecter les règles... au moins momentanément ! Petit à petit, en intervenant sur chaque coup porté, en ne négociant jamais, la plus part des enfants intègrent cette barrière infranchissable.
Les lois de la classe sont écrites sur une affiche, au fur et à mesure que notre vécu les révèle. Une seule est imposée à la rentrée : " Je ne tape pas. " Les autres s'énoncent durant l'année, en fonction de l'expérience du groupe classe. Les enfants peuvent chercher comment les représenter et s'en imprègnent un peu plus par ce biais.


Certains petits manifestent le besoin ou l'habitude de toucher la personne avec qui ils communiquent.
Il faut parfois expliquer que certaines parties du corps sont privées, et que " l'autre " n'est pas un nounours que l'on peut caresser à sa guise.
Un câlin se partage, jusque dans ses limites.
L'enfant construit à l'école ses premières relations sociales en dehors du cercle familial. Il faut parfois l'aider à en définir le cadre corporel.

Il arrive inévitablement un moment ou un enfant tire le pull de l'enseignante, tandis que son copain lui tapote le bras alors qu'un troisième répète pour la 37ème fois "maitreeeeeeesse"sur le même ton sans même la regarder.
On pourrait tenter, en "bon serviteur" de l'enfant, de répondre à toutes ces sollicitations en même temps.
Ou, en fonction de notre résistance nerveuse, de satelliser tout le monde ! Notre tache d’enseignant consiste notamment à conduire l'enfant vers une meilleure maîtrise des langages : savoir tenir compte du destinataire, de sa disponibilité, et apprendre à "parler ensemble", à communiquer.
Quand on me tire la manche, je fais la même chose, SANS surtout tendre une oreille, pour obliger l'enfant à utiliser le langage dans sa fonction de communication et non comme une manifestation réflexe d'un besoin : "Je veux quelque chose, je tire une manche, je l'obtiens...Comme l'enfant le pratiquait nourisson : " je veux mon biberon, je pleure, je l'obtiens..."

Il s'agit dans tous les cas d'amener les enfants à utiliser (plutôt !) le langage oral ,
dans le respect de l'autre.
Il est impossible d'y parvenir à 30 élèves par jungle classe.

Télécharger
l'affiche "Je ne tape pas"
1.1.3 L'enfant "violent"

Il arrive exceptionnellement qu'un enfant continue d'être violent avec les autres.
Un tissus de réponses possible peut être mis en place.

Au sein de la classe, l'activité proposée aux enfants peut être réduite à des ateliers autonomes et coins jeux durant plusieurs jours.
L'enseignant n'est plus qu'observateur et fervent défenseur de la loi. Il intervient, anticipe les coups (si possible !) de manière à rendre cette première loi " Je ne tape pas." INCONTOURNABLE.
Il n'y a pas de discussion lorsqu'elle est bafouée. Mes phrases rituelles se limitent à : "Est-ce qu’on a le droit de taper dans la classe ? ... Alors tu ne peux pas rester avec nous."

Le « Mais pourquoi tu l'as tapé ? » ouvre une faille dans la loi de la classe. Il y aurait des cas ou cela serait possible… Non !
L'enfant est isolé à chaque fois qu'il ne respecte pas les règles de notre petite société humaine.
Après peut venir le temps de la discussion.
Mais pour que l'exclusion du groupe classe soit un moyen de pression efficace, il faut que l'enfant gagne plus à participer à la vie de la classe, qu'à rester seul sur une chaise. Une organisation respectueuse des besoins de l'enfant, associée à une pédagogie de la réussite, qui reconnaît chacun dans ses réalisations, peut parfois éviter à certains de manifester leur existence ou "savoir faire" à coup de griffes.

Les enseignants de l'école peuvent constituer un front d'adultes face aux difficultés, plutôt qu'un ensemble de petits points isolés dans sa classe, priant pour que tel "monstre" ne lui soit pas confié.
L'équipe existe d'abord pour l'intérêt particulier de chacun : en cas de difficultés, le relais peut être pris... ou donné.
Cela peut se traduire par l'engagement de tous à recevoir un enfant "difficile" d'une autre classe pour l'isoler parfois plusieurs jours du groupe, pour permettre à la classe de reprendre une vie collective plus sereine, d'en retracer des contours parfois explosés, et offrir à l'enseignant du temps pour évaluer la situation et réagir.

L'équipe peut demander l'intervention d'un conseiller pédagogique pour enrichir les pistes d'intégration d'un enfant en souffrance.

Les familles participent bien sur à cette action éducative. Elles sont informées, et associées autant que possible à ce travail de socialisation de l'enfant.

L'Inspecteur peut en être informé, les règlements types départementaux envisageant parfois une exclusion temporaire, faute de mieux.

Pour certains cas extrêmes, une aide particulière (EVS) peut-être négociée.

Un enfant parfois, ne peut sortir du chaos qui l'accompagne.

Il nous reste à tracer au quotidien deux lignes de perspectives qui lui ouvrent un petit bout du monde :
- le sécuriser affectivement même si....
- lui rappeler sans cesse le cadre de vie collective.

Sans rien lâcher jour après jour, de septembre aux grandes fatigues de fin de trimestre, ni sa reconnaissance (en autre chose que LE VILAIN), ni ce cadre tout aussi sécurisant.

Il arrive, à force de patience, qu'il avance à tâton entre ces deux lignes, dans une démarche d'apprentissages.


Le RASED, comme la médecine scolaire peut apporter son éclairage, son soutien aux équipes comme aux familles... quand il n'est pas débordé, faute de moyen !
Les forums, listes de diffusion offrent un espace d'échanges distanciés, parfois privés, ou l'on peut dire, sans craindre ni le jugement des autres, ni la future note de l'inspecteur : " Je n'y arrive pas !" ou "Je ne sais pas comment..."
En dehors du soulagement immédiat, du soutien qu’apporte la foule de points de vue, d'expériences qui y répondent, exprimer sa difficulté d’enseigner, c’est décider d’en être acteur ; énoncer ses problèmes professionnels, c’est d’abord les définir auprès d’une communauté experte et variée, et enfin choisir son propre parcours dans ce fourmillement de pistes, sans lien affectif ou social particulier.
(Il est parfois impossible d’exprimer ses difficultés auprès du collègue de la classe d’à coté, ou du conseiller pédagogique impliqué dans les évaluations de nos savoir-faire …)
1.1.5 Impact de l'organisation de classe :

Le groupement par groupes de couleurs proposé traditionnellement en maternelle comporte une grande part de violence pour certains enfants qui doivent suivre un nombre important de contraintes inédites :
effectuer une activité imposée,

d'un niveau imposé,
( pas forcément synonyme d'apprentissage...)
à un moment imposé,
( parfois sans engagement de l'enfant )
avec des enfants imposés,
parce que la maîtresse l'a dit lors d'un regroupement collectif imposé ou il a fallu écouter et comprendre tous en même temps de drôles de mots imposés....

Vite ! Trouver LA SORTIE !...
Certains la cherchent parfois à corps et à griffes.
L'enseignant a alors dans le cadre traditionnel bien du mal à agir : il est happé par l'ensemble des enfants mis en activités en même temps, l'enseignant est techniquement incapable d'intervenir de façon individualisée auprès d'enfants agressifs (ou réactifs).
De plus,
les coins jeux sont disponibles généralement pour ceux qui ont terminé leur travail. Certains sont donc privés de la socialisation inhérente à ces espaces, alors qu'ils semblent souvent être ceux qui en ont le plus besoin.
Ils s'intègrent alors difficilement à l'école qu'ils perçoivent d'abord comme un lieu de contrainte et d'exclusion, où le fossé se dessine
dès la maternelle entre eux et les bons élèves, les bons profils.

Articles à suivre sur le site :
Mettre les enfant en activité.
( Cette entrée dans les ateliers favorise l' appropriation du métier d'élève par l'enfant, et donc limite le caractère agressif de l'école que ressentent parfois certains enfants.)

Articles sur la toile :
Violence de l'école maternelle ( Article parut dans le "Café pédagogique".)
"L' accueil des jeunes enfants à l'école maternelle.", Article de Daniel Calin

Forums,listes de diffusion, groupes d'échanges pédagogiques:
Forum de Cartables.net
Listes de diffusion (espaces de discussion généralement privés)
Groupe Maternelle et pédagogie

Intervenir ? Le blog :