Je trouve enfin un peu de temps pour te répondre Nathalie :
"Lorsque tu ouvres un atelier échelonné à trois niveaux par exemple, comment l'enfant s'y prend pour choisir le niveau qui lui correspond?"

Pour te répondre, je te décris un exemple tout frais, l'atelier échelonné mosaïque, ouvert en septembre avec des PS/MS.

Un élève de petite section a choisi de tenter le poisson après avoir joué librement avec le matériel.
Il remplit la totalité de la grille, sans tenir compte des couleurs, sans tenir compte de la consigne.
Comme de nombreux enfants de petite section.
Pourtant cet enfant avait recouvert la veille sa grille de mosaïques rouges, il me semblait prêt à aller plus loin.
Je l'avais encouragé à prendre ce niveau, mais il parait trop difficile, même avec mon aide.
Je lui signale simplement qu'il ne parvient pas aujourd'hui à faire cette mosaïque.

Un autre élève, cette fois en moyenne section couvre la grille de mosaïques sans se soucier des couleurs qui apparaissent en dessous.
Pourtant, l'année dernière, il a su trier des bouchons jaunes, bleus...
Mais aujourd'hui, il agit comme s'il ne percevait que les picots transparents et leur demande implicite : Mets une mosaïque là !
Je lui donne alors une planche, sans la grille...
Et petit bonheur, sans la grille, il peut se concentrer sur les couleurs et réussir sa mosaïque.
Nous avons pu ensemble valider les premiers niveaux du brevet.



Je trouvais que ces exemples illustraient bien mon sentiment : je n'ai pas trouvé de règle "absolue" quant au choix du niveau de difficulté, il s'agit bien souvent d'un tâtonnement que l'on mène ensemble. Nous nous  trompons parfois, réajustons. Cette exploration menée ensemble me semble souvent enrichissante :

  • Elle me donne l'occasion de les observer, d'adapter -quand c'est possible- mes propositions à leur diversité pour leur permettre de progresser.
  • Elle leur permet de mieux cerner leur propre compétence,  les attentes de l'école et de mettre tout cela en perspective : voilà ce que je sais faire, voilà ce que l'école me demande, vers ou je dois aller.

Mais en situation, auprès des enfants, le choix du niveau de l'atelier se fait presque naturellement.

Pour la collection de carottes, les enfants essaient généralement de réussir tout de suite le niveau 3, mais tous n'y parviennent pas.



Dans cet atelier marque-pages, certains enfants de petite section qui fréquentent déjà la littérature enfantine ont fait le niveau 1 et 2 en même temps : ils ont placés les personnages et les objets clés directement, tandis que d'autres ont eu du mal à reconnaitre les personnages.



Pour l'atelier d'écriture, les enfants commencent souvent par le premier niveau, le tracé dans la farine, même ceux qui n'en n'ont pas besoin, pour le plaisir.

Dans l'atelier "La commande de marrons", certains ont directement commencé par le niveau 2.

On pourrait multiplier les exemples avec les photos d'ateliers publiés dans cet article.

Si l'on garde à l'esprit ...
  • ce que l'on vise (permettre à l'enfant de progresser),
  • ce que cette organisation de classe nous permet (explorer les différents échelons, s'inscrire plusieurs fois à l'atelier pour évoluer)
...on trouve assez sereinement le niveau qui convient à l'élève, parfois au bout de plusieurs essais.


Enfin, parmi les ajustements, j'essaie de tenir compte des spécificités de mes élèves.
L'anxieux : Certains ont besoin d'être rassurés en commençant par des activités faciles pour eux.
Je les laisse prendre confiance, engranger une meilleure estime d'eux-mêmes,  avant de les inviter, au fil des mois à  aller chercher directement leur meilleur niveau.
Le cooooool : Certains ont un palmier qui leur pousse régulièrement dans la main pour certaines activités, je détermine alors le niveau pour eux. Parce que si je reste persuadée que la meilleure dynamique d'apprentissage est celle où l'enfant est poussé par lui-même, quand il n'y en a pas, j'opte pour l'option B : voilà le niveau que tu dois faire !
(...)

@micalement

Christine