Pratiques exotiques et IEN
Par Christine le mercredi 20 octobre 2010, 07:44 - Organisation - Lien permanent
Sandrine, :" Selon mon IEN, avec cette pédagogie qu'il qualifie de Freinet, les élèves ne sont pas habitués à fonctionner de façon plus scolaire comme c'est le cas dans les autres classes. Il pense que ce principe d'inscriptions les amènera à s'adapter difficilement aux ateliers fixes imposés par l'enseignant l'année prochaine."
Les
enfants adaptent leur comportement, activité, posture au monde social
où ils se trouvent : ils sont différents à la maison, à l'école, chez
mamie, au cours de danse...
Ils s'adapteront à d'autres modes d'organisation, ils ont bien réussi à passer de la maison à l'école !
Mes GS (3 ans dans ma classe) sont tout à fait à leur place au CP (et performants.)
Mais pour préparer au collège, ne devrait-on pas laisser les élèves de CM2 vivre la loi de la jungle ? Visser les futurs CP sur leur chaise en GS ?
Qu'est-ce qui fait qu'une pratique a barre sur l'autre, le fait qu'elle soit à venir ou le fait qu'elle soit, justement, adaptée aux élèves présents ?
Pour moi, les points exotiques de cette organisation, sont adaptés à mon public, ils sont pertinents :
Pourquoi laisser les enfants s'inscrire ?
Cela
leur permet de s'engager par eux-même, d'appuyer leur activité sur une
motivation intrinsèque, la plus efficace si j'en crois la littérature et
mon expérience.
Pourquoi ouvrir un par un les ateliers ?
Pour
rendre accessible la consigne scolaire en situation, construire la
communication collective d'abord en petit comité, avec des oreilles, langues et
cerveaux motivés... (parce que si la motivation intrinsèque est la plus efficace, il faut encore comprendre ce dont il s'agit...)
Pourquoi ne pas donner la consigne en regroupement ?
À ce propos, on peut lire dans les IO 2008, l'enfant doit être capable
- de comprendre une consigne simple dans une situation non ambiguë, en petite section
- de comprendre les consignes des activités scolaires, au moins en situation de face à face avec l'adulte, en moyenne section
- de comprendre des consignes données de manière collective, en grande section
Si je comprends bien la graduation des IO, la maitrise de la consigne collective s'adresse plutôt aux grandes sections.
Ce que je pratique avec mes élèves de
GS et MS l'après-midi autour du plan de travail.
Dans nos représentations de l'école,
le regroupement collectif autour du maitre qui distribue la
consigne, a la dent dure.
C'est ce qui fait "classe".
Ton IEN y est
peut-être attaché, pourtant les IO semblent ouvrir d'autres possibles,
tellement en contradiction avec le modèle professionnel classique,
qu'on a du mal à les entendre.
Une autre question à laquelle je souhaitais répondre : Est-ce que cette pédagogie permet de mettre en oeuvre les instructions officielles ?
Oui. Voir là par exemple, en langage.
Par ailleurs, il a soulevé cette absence de regroupement préalable
pour présenter les ateliers et leurs critères de réussites. Je le fais
cependant au groupe concerné assis à cet atelier. Il relève que cela ne
se fait pas dans un esprit de groupe-classe mais de manière
individuelle. Je me pose donc des questions, ce regroupement me déplaît
au plus au point car je ne captais l'attention que des plus assidus, les
autres se dispersant.
Mais...
Le jeune enfant est-il capable de se mobiliser sur commande ?
(Ecoute maintenant quand je parle...)
Maitrise-t'il la communication collective ?
(Ecoute la dame au loin qui parle à tous...)
Comprend-il le langage scolaire ?
(On va rouler la pâte à modeler sur le carton ondulé, piquer un triangle pour faire une carotte...)
Est-il capable de concentration ?
(4ème
consigne donné pour le groupe des bleus...Les bleus sont toujours là ?
Les blancs se souviennent-ils de la consigne donnée il y a 5 mn ? "Mais Maitresse, j'ai un pull rouge aujourd'hui ! Moi, j'aime pas les carottes râpées.")

Si "pas vraiment" est la réponse à toutes ces questions, c'est qu'il nous faut trouver autre chose, au risque d'exclure une partie de nos petits élèves où de passer notre temps à répéter la consigne sans jamais pouvoir s'asseoir à une table et enseigner...
Bien sur, certaines cultures familiales sont en phase avec
celle de l'école. Elles produisent des enfants qui ont le profil pour passer ce canevas sans heurt, des enfants dont on ne dira pas dès la petite section
"Il n'écoute rien" ou "Il ne comprend rien."
Chacun doit trouver sa place d'écolier, d'où qu'il vienne.
J'ai choisis de faire de l'entrée dans l'activité, un temps de langage ou l'on apprend d'abord l'échange collectif dans une petite structure, avec des enfants concernés qui engrangent petit à petit les mots de l'école, ses attentes, les mots des autres que la petitesse de la structure nous permet de faire émerger ou entendre. Certains apprennent à expliciter, quand d'autres s'approprient une posture d'élève. Tout le monde progresse à sa mesure.
Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait aucun regroupement : on fait des bilans tous ensemble, des rituels, des chansons, on élabore, organise nos projets, on se raconte, on débat, on joue... Le groupe-classe, sa culture commune se construit ici comme ailleurs.
Cette organisation n'a donc pas l'apparence de l'école, mais s'inscrit complètement dans ses missions : permettre à chacun d'apprendre, de progresser, dans le cadre des instructions officielles.
D'autres pratiques dénotent par rapport à une pratique plus scolaire, elles peuvent gêner un visiteur, les enjeux peuvent passer inaperçus. J'en développe quelques uns ici :
- Les élèves peuvent s'inscrire plusieurs fois à un même atelier. Ils peuvent ainsi améliorer leur compétences après à un bilan, refaire la même activité et engranger une bonne estime de soi en tant qu'élève, explorer un autre niveau de difficulté. On prend le temps de cheminer au sein des apprentissages, il ne s'agit pas d'un parcours d'obstacles où chaque jour on franchit (ou pas) ce qu'a dit la maitresse : Les pratiques traditionnelles en maternelle fixent pour chacun, chaque jour, une nouvelle tâche à accomplir, sans possibilité de réinvestir l’activité.
Dans ces conditions, le bilan fige l’erreur, sans dynamique de progrès. Il dresse simplement un constat alors qu’il pourrait soutenir les dynamiques d’apprentissages.
-
Le rapport aux apprentissages n'est pas écorné par un accès limité aux coins jeux : les enfants peuvent jouer ou travailler d'abord, même les enfants les plus faibles (pas seulement ceux qui ont terminé leur travail, ceux qui en ont le moins besoin...) Les coins jeux sont bien plus qu'une variable d'ajustement :
un espace d'apprentissage social, langagier, mathématique,
moteur... En les utilisant en même temps que les ateliers, on "optimise"
le temps scolaire de l'enfant...et de l'enseignant : Les enfants ne sont pas en atelier tous en même temps, je peux enseigner au plus près des besoins, en les observant, en adaptant le dispositif...
-
Les élèves peuvent voir l'activité se dérouler devant
eux. A regarder faire, on comprend tout de suite. L'enthousiasme des plus scolaires les interpelle. Ils s'approprient
ainsi le sens de l'atelier, parfois la motivation des autres. La
compréhension de la consigne, des attentes scolaires s'en
trouve facilitée. Le métier d'élève prend forme, même pour ceux que la culture familiale n'a pas préparé.
...
Une page ancienne autour de ces enjeux ici.
Pour modérer tout de même : la façon la plus efficace d'enseigner est d'abord celle que l'on sent.
Il y a des enseignants très scolaires qui font des merveilles, des
"pédagogies nouvelles" qui détruisent l'écolier.
Mais ouvrir nos
classes, partager nos cheminements professionnels quels qu'ils soient, sans
jugement de valeur, reste la façon la plus efficace de m'améliorer.
Merci donc à Sandrine, de Prépalipopette pour ces questions.
@micalement
Christine




Commentaires
Bonsoir Christine,
C'est plutôt moi qui te remercie pour partager ainsi tes pratiques et nous ouvrir à de nouveaux horizons. Ton article apporte des éclaicissements qui me permettent de mieux avancer et me positionner par rappport à certains points.
Merci encore Sandrine
Oui, merci car encore une fois, je ne suis pas partie sur ton fonctionnement mais cette réflexion m'aide à avancer dans ma tête pour les années futures...
Bonjour Christine,
Merci encore et toujours de défendre ton mode de fonctionnement, que j'ai fait mien, en l'adaptant bien sûr, à ma propre personnalité et pratique de classe.
Je vais moi-même être prochainement inspectée et ce que tu dis sur la progressivité de la compréhension des consignes PS/MS/GS m'intéresse au plus haut point parce que bien que l'ayant en tête, je ne le trouve pas écrit tel quel dans les IO et les compétence générales 2008. Où peut-on trouver ces références ?
Par ailleurs, j'ai un IEN absolument axé sur les TICE et je n'ai pas encore pu les intégrer comme il faudrait dans ma classe pour la simple raison que nous ne sommes pas bien équipés et que j'ai du mal à donner à un sens à tous ces scénarios pédagogiques que l'on nous demande et que je construis de mon côté au quotidien sans TBi. Je passe par le papier, le crayon et je passe déjà tellement d'heures dans mes prép que l'idée de tout reconstruire via des logiciels complètement obscurs pour moi m'effraie au plus haut point !
Donnes-tu une large part aux TICE dans ta classe ?
Dernière question d'ordre plus pratique : j'ai cette année des petits gourmands papillons et pour l'instant, j'ai l'impression de devoir avoir des yeux dans tous les sens pour les amener à terminer leur tâche avant de choisir un autre atelier. Je fais des bilans avec eux mais le même schéma se reproduit souvent. Du coup, ils arrivent à pas mal d'entre eux de quitter un atelier sans mettre leur étiquette dans la boîte et du coup, ils ne libèrent pas la place pour d'autres, ou plutôt, d'autres viennent faire l'atelier sans que j'ai forcément de trace puisque
pas leur nom dans la boîte.
Aussi, je suis souvent "aux aguets" dans mon propre atelier, à trop vouloir gérer ce qui se passe autour.
As-tu déjà eu à gérer ce genre de problème ?
Merci par avance pour tes réponses qui m'apporte toujours le recul que je n'ai pas forcément, le nez dans le guidon au quotidien !
Bonjour,
@Louflore
"Je vais moi-même être prochainement inspectée et ce que tu dis sur la progressivité de la compréhension des consignes PS/MS/GS m'intéresse au plus haut point parce que bien que l'ayant en tête, je ne le trouve pas écrit tel quel dans les IO et les compétence générales 2008. Où peut-on trouver ces références ?"
Ici :
http://www.education.gouv.fr/bo/200...
Le chapitre "Comprendre" du tableau, en petite, moyenne, et grande.
La part des TICE dans ma classe :
On se sert d'abord de l'ordinateur pour ... autre chose que les TICE !
Les photos de vie, des vidéos du spectacle de marionnette en construction ou pour faire un bilan autour de certaines réalisations ephémeres (l'écran peut se tourner pour être visible du coin regroupement).
L'atelier d'écoute aussi.
En ce qui concerne les TICE, je réserve l'accès à l'ordinateur aux MS/GS et aux petits seulement quand j'ai quelqu'un pour les accompagner, c'est à dire pas souvent !
On utilise les logiciels en général en complément de ce que nous travaillons en classe, notamment "Bouge avec Floc"
Un brevet ici
http://maternailes.net/brevet/index...
Pas eu le temps de mettre les autres en ligne.
On utilise beaucoup le logiciel Ecrivons présenté ici
http://cursivecole.fr/traitement-de...
2 enfants saisissent leur mot quand d'autres travaillent avec le casier alphabétique, et cela tourne.
Les GS ont parfois des brevets "je sais écrire à l'ordinateur les mots ...." . Je vais en mettre un en ligne.
Jette un oeil sur le tout nouveau
http://clicouweb.net/
D'autres pistes là
http://maternailes.net/dessin/paint...
Et ici
http://www.cafepedagogique.net/leme...
Si vous en utilisez régulièrement dans vos classes, je veux bien relayer (et ça m'intéresse...)
Au sujet des étiquettes que les enfants oublient de glisser dans la boite, ça arrive souvent en première période, oui. Petit à petit ça se met en place. Avant de laisser un atelier en autonomie je fait beaucoup de cinéma "Attention, vous allez travailler comme des grands, sans la maitresse. Il faut poser son travail sur mon bureau lorsqu'il est terminé et glisser son étiquette dans la boite."
Bonne fin de vacances
@micalement
Christine
comment fais tu pour avoir tant d'énergie et tant d'idées! j'ai découvert ton site depuis peu et je reste dessus des heures je lis je recopie,et je me dis" je commence quand? depuis deux ans j'essaie d'organiser ma classe pour mes gs (double niveau gs cp) et je crois que tu va me permettre d'y voir plus clair aussi bien au niveau matériel que humain. A cause des cp je ne voulais pas que mes gs suivent le même rythme "ASSISPASBOUGER!
et je tâtonne, cette année j"ai privilégié les jeux sous toute leur forme mais je n'arrivais pas à formaliser les apprentissages. Tes brevets m'ont donné la solution ainsi que le plan de travail.Enfin mille fois merci je sais que je vais démarrer doucement et j'espère surement. peut être que l'année prochaine je t'envoie mes brevets!! merci encore de cette énergie que tu m'as insufflée
Et bien, des messages comme le tien, ça donne tout plein d'énergie de ce côté de l'écran !
Merci